L’ascension fulgurante de l’Inde, 2ème pays le plus peuplé au monde avec plus d’un 1,3 milliards d’habitants, classe désormais ce pays au 5ème rang des puissances économiques mondiales. L’urbanisation galopante et l’accélération de l’industrialisation ont eu des conséquences majeures sur l’environnement : destruction de ressources naturelles, déforestation, importante pollution de l’air, de l’eau et des sols, forte augmentation de la production de déchets mal ou non traités, etc. De plus, la sécurité alimentaire et sanitaire du pays est impactée de manière critique par cette situation à laquelle s’ajoute le choc du changement climatique (événements météorologiques extrêmes comme les sécheresses ou les inondations), et dernièrement les conséquences de la pandémie.

 

SITUATION CRITIQUE POUR LA GESTION DE L’EAU

La gestion de l’eau est un problème écologique, économique et social majeur en Inde. Les ressources insuffisantes, le manque d’infrastructures et de moyens font défaut dans tous les domaines, tant pour la population que pour l’agriculture ou l’industrie.

Avec une majorité de la population qui vit en zone rurale (66%), le défi est tel que le pays n’arrive pas à couvrir l’accès à l’eau potable sur tout le territoire. Ce sont des dizaines de kilomètres de marche qui permettent aux villageois d’avoir accès à l’eau potable, qui reste malgré tout presque insalubre. On estime que 200 millions d’Indiens n’ont pas accès à une source d’eau potable et 2 millions meurent chaque année de maladies causées par l’eau, pour la plupart de jeunes enfants. Quand un américain utilise en moyenne 600 litres d’eau par jour, chaque indien en utiliserait seulement 24 litres, et moins de 15 litres pour les plus pauvres. L’augmentation rapide de la population, l’urbanisation et l’industrialisation ont entraîné une augmentation significative des besoins. La Banque Asiatique de Développement projette que d’ici 2030, le pays sera déficitaire de ressources en eau de 50%.

Paradoxalement, bien que l’eau vienne à manquer, l’Inde est l’un des pays les plus arrosés au monde. Sur une pluviométrie annuelle moyenne de 1 170mm, seulement 6% des eaux de pluie sont stockées. Le manque d’infrastructures et la sous-exploitation de la capacité des réservoirs d’eau (seulement 25% sont exploités) accentuent cette crise humaine et écologique. Une exploitation efficace de cette ressource est nécessaire dans ce pays où 83% des ressources en eau sont destinées à l’agriculture, 12% à l’industrie et seulement 5% à la consommation des habitants.

Étant l’un des plus grands utilisateurs d’eaux souterraines au monde, l’Inde est en train de compromettre la pérennité de ses eaux de surfaces. 70% de celles-ci sont polluées par les rejets industriels, domestiques, les engrais ou les pesticides et les sécheresses et les pollutions des nappes phréatiques et des rivières ne font qu’aggraver la situation.

Plusieurs programmes voient le jour pour remédier à la situation, tels que le projet AMRUT (Atal Mission for Rejuvenation & Urban Transformation), doté de 14 Mds USD et visant l’urbanisation de 500 villes et villages avec une priorité mise sur l’approvisionnement en eau, la gestion des eaux usées, le drainage des eaux pluviales, etc.

L’ouverture du marché de l’eau au secteur privé offre de nouvelles perspectives aux entreprises françaises dans ce pays où il y a d’importants besoins en investissements et en expertise pour l’approvisionnement en eau potable et l’assainissement.

 

IL EST AUSSI DANGEREUX DE RESPIRER l’AIR DES VILLES EN INDE QUE DE FUMER DES CIGARETTES

L’Inde est le pays qui compte le plus de décès dus à la pollution de l’air dans le monde, avec 5 décès toutes les minutes en 2018. Un désastre qui touche la plupart des villes du pays : 21 villes indiennes figurent dans le classement des 30 villes les plus polluées au monde, selon le rapport mondial 2018 sur la qualité de l’air, complié par Greenpeace et IQAir AirVisual. Environ 13% des décès en Inde seraient liés à la pollution de l’air, et 60% de la pollution viendrait en majeure partie des émissions de gaz des véhicules et des centrales thermiques à flamme.

A New Delhi, avec 25 Millions d’habitants et 30 000 nouvelles immatriculations de véhicules par jour, les gaz toxiques provoquent de lourdes pathologies notamment respiratoires. En hiver, le niveau de particules fines dans le pays atteint des sommets. La ville est couverte d’un brouillard de pollution qui contient 46 fois plus de particules fines que les normes recommandées par l’OMS : soit l’équivalent à deux paquets de cigarettes par jour.

Lancé par le Ministère Indien de l’Environnement, Forêts et Changement Climatique (MoEFCC) en janvier 2019, le National Clean Air Programme (NCAP), le programme national pour l’air pur, a pour objectif de réduire de 20% à 30% la concentration de PM2,5 et PM10 d’ici 2024 (par rapport aux niveaux de 2017). Avec un budget d’environ 43 M USD et une sélection de 102 villes dans le cadre du programme, le NCAP fournit une feuille de route pour prévenir, contrôler et réduire cette pollution atmosphérique malsaine. Initialement prévu sur 5 ans, le plan d’action du NCAP pourra être prolongé après un examen à mi-parcours des résultats. 

Lors de l’accord de Paris de 2015, l’Inde a manifesté le manque de financement qui reste un obstacle majeur pour atteindre ses objectifs. Le pays s'est engagé, avec l’aide de la communauté internationale, à réduire d'ici 2030 l'empreinte carbone de son économie de 33% à 35 % par rapport aux niveaux de 2005. Il s'est également engagé à produire 40 % de sa capacité énergétique à partir de sources d'énergie non fossiles et à créer un "puits de carbone" supplémentaire de 2,5 à 3 milliards de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone grâce à une couverture forestière et arboricole supplémentaire d'ici 2030.

Le gouvernement a également annoncé la fermeture des anciennes centrales thermiques qui ne respectent pas les normes d'émissions. Les industriels doivent désormais se conformer aux normes imposées par le Central Pollution Control Board (CPCB) et installer des équipements de surveillance de la qualité de l’air.

 

UN TERRITOIRE ENVAHI PAR DES MONTAGNES DE DÉCHETS 

Alors qu’un français produirait plus d’un 1 kg d’ordures ménagères tous les jours, un indien n’en produirait que 100 grammes dans les petites agglomérations. Depuis les 50 dernières années, le volume d’ordures aurait été multiplié par 10 et ce taux de croissance pourrait tripler d’ici 20 ans. Avec l'augmentation du taux d'urbanisation en Inde, une croissance de la classe moyenne et les changements de modes de consommation, il est estimé que le volume de déchets augmentera de 5% par an et la production de déchets sera d'environ 436 Mt par an d'ici 2050.

Dans ce pays où plus d’un million   de personnes survivent grâce à la collecte et au recyclage de déchets, le gouvernement a opté, comme la Chine, pour la fin des sacs en plastiques à usage unique pour 2022.

Le premier Ministre Narendra Modi a lancé en 2014, le programme Clean India, avec un budget alloué de 1,18 Md EUR. Au total 4 041 villes sont concernées. Le programme prévoyait le nettoyage des rues, la réutilisation et le recyclage des déchets municipaux solides.

Sur les plus de 4 000 villes que compte l’Inde, très peu sont équipées pour la collecte et le traitement des déchets. On retrouve ainsi un peu partout sur le territoire des décharges à ciel ouverts formant parfois des montagnes de déchets. Cette mauvaise gestion des déchets cause à son tour la pollution des cours d’eau, des nappes phréatiques et contribue à la dégradation des milieux côtiers et marins.

Le « Environment Protection Act » confère des pouvoirs au gouvernement indien pour réglementer toutes les formes de gaspillage. C'est l'une des législations en charge de protéger l'environnement et la réglementation des déchets. Il existe une réglementation en 6 catégories pour la gestion des déchets : déchets plastiques, déchets électroniques, déchets dangereux, déchets biomédicaux, déchets de construction et de démolition et déchets solides municipaux.

Le pays présente un fort besoin d’expertise et de technologies dans le domaine de la gestion des déchets sur l’ensemble de la chaîne de valeur (collecte, recyclage, enfouissement, valorisation).

Notre experte, Nidhi SOMANI, Chargée de dévelopemment au bureau Business France Inde, analyse l'impact du COVID-19 sur le marché de l’environnement en Inde à la date de mai 2020. Ainsi qu’un aperçu des opportunités d’affaires dans les secteurs de l’eau, de l’air et des déchets.

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Eléonore SAYAR

Département Industrie & Cleantech

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Contacts bureau Business France Inde :

Aurélien SOSTAPONTI,

Chef de pôle Export,

Bureau Business France New Delhi 

aurelien.sostaponti@businessfrance.fr

Nidhi SOMANI,

Chargée de développement,

Bureau Business France Bombay

nidhi.somani@businessfrance.fr