Mise à jour : 25 mars 2020

La récente crise sociale menace-t-elle la stabilité du Chili et de son activité minière ?

Alors qu’il est considéré depuis plus de 30 ans comme un havre de stabilité tant politique qu’économique, au milieu d’une Amérique latine régulièrement en proie au populisme, à la corruption ou aux récessions, le Chili suscite des interrogations suite aux émeutes sociales qui secouent le pays depuis octobre 2019. 

Depuis la restoration de la démocratie en 1990, le Chili a poursuivi une politique libérale et de libre-échange instaurée sous Pinochet qui lui a permis d’atteindre le succès économique que l’on sait : le taux de pauvreté a chuté, de 40% en 1990, à moins de 10% aujourd’hui ; la classe moyenne représente désormais la majorité de la population ; les inégalités de revenus sont en dessous de la moyenne latino-américaine ; et le Chili bénéficie du meilleur indice de développement humain (IDH) de la région.

 

Ce développement exceptionnel est d’ailleurs en partie dû au secteur minier qui a fait du Chili le premier producteur mondial de cuivre, dont les exportations représentent aujourd’hui 10 à 15% du PIB du pays. D’après l’étude annuelle du Fraser Institute, il est également devenu l’une des 10 juridictions minières les plus attractives au monde, non seulement en raison de ses gisements exceptionnels en cuivre, or ou lithium, mais également au regard de sa politique favorable aux investissements locaux ou étrangers dans le secteur minier.

 

Mais comparé aux pays membres de l’OCDE, le Chili figure à la première place pour ses inégalités économiques, les 1% les plus riches concentrant 33% de la richesse nationale. C’est l’une des principales raisons qui a mis le feu aux poudres, suite à l’augmentation du prix du ticket de métro, alors que la classe moyenne voit ses salaires stagner. 

Une année 2019 décevante pour l’industrie minière, mais pour d’autres raisons

Malgré les effets négatifs de la crise sociale sur l’activité au 4ème trimestre 2019, la croissance économique du pays sur l’année 2019 esr toujours attendue autour de 2-3%. C’est toujours bien mieux que ses voisins : l’Argentine en récession, et le Brésil en stagnation.

 

L’industrie minière chilienne ne vit cependant pas sa meilleure année. Certes, les mouvements sociaux ont perturbé le bon fonctionnement des infrastructures routières et portuaires essentielles aux mines sur le dernier trimestre 2019, mais dans l’ensemble les interruptions d’exploitation minière ont été minimes dans la mesure où peu de syndicats miniers ont appelé à la grève.

 

Ce sont d’autres facteurs purement économiques qui ont affecté les performances minières cette année. D’une part, la guerre économique entre les Etats-Unis et la Chine a largement contribué à ralentir la demande mondiale en matières premières, notamment celle de la Chine pour le cuivre et le lithium. D’autre part, la production de cuivre a baissé de 2,5% au 1er semestre en raison de l’épuisement progressif des principaux gisements du pays.

 

Ces mauvais chiffres sont toutefois à contrebalancer avec de récentes bonnes nouvelles, telles que l’augmentation inespérée de 2,5% de la production de cuivre en octobre 2019 (156 000 t.) ou encore l’annonce d’un premier accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

Le portefeuille de projets miniers revu à la hausse pour les 10 ans à venir

Malgré une année 2019 en demi-teinte, les compagnies minières affichent toujours leur intention d’investir. La Commission Chilienne du Cuivre (Cochilco) a publié le 3 décembre 2019 une mise à jour du portefeuille des projets miniers à l’horizon 2028. Ce sont toujours 44 projets qui devraient voir le jour dans les 10 prochaines années, représentant un investissement cumulé de 72,5 Mds USD, en hausse de plus de 6 Mds USD par rapport à la dernière évaluation.

De ces 44 projets, 26, soit 58% du total, représentant près de 42 Mds USD d’investissements, vont se réaliser ou ont une très forte probabilité de se concrétiser. Parmi ceux-ci, les plus importants sont : Quebrada Blanca phase II de Teck Resources (4,7 Mds USD), expansion de la mine Centinela d’Antofagasta Minerals (4,4 Mds USD), ou encore Nueva Unión phase I de Teck Resources/Newmont Goldcorp (3,5 Mds USD).

Par ailleurs, 5 nouveaux projets se sont ajoutés au portfeuille : 2 projets de cuivre Los Bronces Integrado de Anglo American Sur (3 Mds USD) et amélioration de la capacité productive de 210 000 t./j. de la mine Collahuasi de Doña Inés de Collahuasi (3,2 Mds USD), 1 projet d’or Continuidad Operacional El Peñón de Yamana Gold (132 M USD), un projet de minéraux industriels Nueva Victoria–Nueva Planta de Yoduro de SQM (350 M USD), et 1 projet de lithium Proyecto Blanco de Minera Salar Blanco (527 M USD).

Enfin, CODELCO, compagnie minière publique chilienne et 1er producteur mondial de cuivre, porte 9 projets représentant un investissement de plus de 22 Mds USD dans le cadre d’un vaste programme de 32 Mds USD de revitalisation de ses mines en voie d’épuisement sur les 10 années à venir. Son prochain grand projet sera le développement, d’ici 2023, d’un nouveau niveau d’exploitation de sa mine souterraine de cuivre El Teniente pour 5,6 Mds USD.

Pour conclure, il ne faut pas oublier le potentiel minier impressionnant que renferme encore le sous-sol chilien : il détient 22% des réserves mondiales de cuivre, 11% de celles de molybdène, 5% de celles d’argent, 7% de celles d’or et 48% de celles de lithium, d’après Invest Chile ! Et c’est pour exploiter ce dernier ingrédient, nécessaire à la fabrication des batteries de voitures électriques, que les investissements devraient exploser dans les prochaines années.

Vous souhaitez en savoir plus ? Regarder le replay de notre webinar du 14 février sur le secteur minier en Argentine et au Chili.

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