Business France publie son Livret Tech, qui détaille la position de la France dans les classements internationaux et présente une synthèse de l’évaluation de l’écosystème entrepreneurial français. L’occasion de revenir sur les points forts et les faiblesses de l’économie des start-up dans l’Hexagone.

« Les signaux d’un renforcement de l’attractivité de la France, et plus particulièrement de notre écosystème tech, sont encourageants !», souligne Pascal Cagni, président de Business France. Telle est la conclusion qui s’impose à la lecture des cinq classements européens et internationaux, regroupés par Business France au sein de son Livret Tech.

L’objectif de cet ouvrage est de recenser les atouts de l’économie française des start-up, mais aussi d’identifier les leviers sur lesquels agir pour faire de la France un des leaders de l’industrie 4.0. Un outil précieux pour distinguer perception, appréhension et réalité économique.

Au-delà d’une simple synthèse, ce document décrypte les méthodologies utilisées et explique le rang occupé par notre pays. En effet, ces classements très riches d’informations, sont à prendre avec précaution, car les choix des indicateurs et des sources ont un impact important sur les résultats et peuvent en donner de différents. Prenons un exemple simple : la définition même de start-up ne fait pas l’objet d’un consensus entre ces différents classements.

La France terre de recherche et d’innovation

Le Tableau de bord européen de l’innovation 2017, publié par la Commission européenne, évalue les performances en termes de recherche et d’innovation des États membres et les classe en quatre catégories. La France se maintient au 11e rang et appartient à la deuxième catégorie, celle des « innovateurs notables ». Parmi ses principaux points forts, le pays dispose d’une main-d’œuvre qualifiée et 44 % de la population âgée de 25 à 34 ans a achevé un cursus universitaire, contre seulement 30,5 % en Allemagne. La France est aussi une terre de recherche performante : les chercheurs français sont à l’origine de 11 % des publications scientifiques mondiales les plus citées.

Le tableau de bord met également en avant la capacité d’innovation et le dynamisme des entreprises françaises : elles sont nettement au-dessus de la moyenne européenne en ce qui concerne l’introduction de produits ou de processus innovants (10e de l’UE). L’Hexagone est ainsi le sixième exportateur mondial de produits de haute technologie [1]. Les pouvoirs publics ont compris l’importance de la recherche et les dépenses de R&D du secteur public représentent 0,74 % du PIB (11e rang de l’UE).

Cette volonté politique s’est traduite aussi par la mise en place du crédit d’impôt recherche, qui permet à la France d’avoir le traitement fiscal de la R&D le plus avantageux d’Europe. Autre point fort de notre économie : les entreprises françaises ont accès plus facilement qu’ailleurs à des financements. Selon le baromètre du capital risque publié par EY, les start-up françaises ont levé plus de 2,5 milliards d’euros en 2017, soit 400 millions de plus qu'en 2016, ce qui place la France à la deuxième place européenne des levées de fonds, tant pour ce qui est du nombre d’opérations de financement que des montants levés.
« La France, Paris en tête, est portée par des systèmes de financement performants et des instituts de recherche reconnus, qui en font un écosystème mature pour les jeunes pousses », résume Christophe Lecourtier, directeur général de Business France.

Une véritable dynamique entrepreneuriale

La France dispose d’un solide environnement entrepreneurial, selon l’Indice mondial de l’entrepreneuriat 2018, publié par le Global Entrepreneurship and Development Institute, qui évalue la capacité des pays à proposer un environnement propice à l’entrepreneuriat. L’Hexagone pointe à la dixième place du classement 2018 (sur 137) et au septième rang européen. Ce dynamisme français se traduit en chiffres : la France était en 2015 le 1er pays d’Europe pour la création d’entreprises devant le Royaume-Uni et l’Espagne [2]. L’Hexagone abrite 9 500 start-up [3] et 591 000 entreprises ont vu le jour en 2017.


Selon ce rapport, la France se distingue particulièrement avec le sous-indice « ambition entrepreneuriale » : 18 % de la population envisage de créer son entreprise dans les trois ans, le score le plus élevé des pays de l’OCDE [4] . Un autre atout de taille de notre économie est sa capacité à favoriser la mise en relation des compétences et des entreprises, grâce à sa forte urbanisation et à la qualité de ses infrastructures. Le soutien à l’innovation, couplé à cette volonté d’entreprendre, fait de la France une terre de choix pour créer une start-up. « La France dispose de capitaux, de mesures d’incitation fiscale pour les entrepreneurs et d’un état d’esprit très disruptif », s’enthousiasme Xavier Niel, fondateur d’Iliad, de l’Ecole 42 et de Station F, le plus grand incubateur de start-up au monde.

La transformation numérique

La Commission européenne publie également un autre indice, évaluant l’évolution des 28 États membres vers une économie et une société numériques, selon 34 indicateurs répartis en cinq volets : connectivité, capital humain, utilisation d’internet par les particuliers, intégration de la technologie au sein des entreprises et services publics en ligne. La France reste à la 18e place de ce classement dominé par le Danemark, la Finlande, la Suède et les Pays-Bas. Avec 83 % d’utilisateurs d’internet au sein de sa population (supérieur à la moyenne européenne qui est de 81 %), la France obtient son meilleur score dans le volet capital humain. Et ce n’est pas un hasard, car c’est aussi en France qu’on trouve les offres de connexion à internet haut débit les moins chères d’Europe. La France est également bien notée pour ce qui est des services publics numériques : 67 % des internautes français ont recours à l’administration en ligne, contre seulement 39 % en Allemagne et 58 % en moyenne en Europe.

Un cinquième classement, le World Digital Competitiveness Ranking, publié en 2017 par l’International Institute for Management Development, s’intéresse la transformation numérique des pays et à leur impact sur les pratiques gouvernementales, les modèles économiques et la société en général. La France se hisse au 25e rang de ce classement et occupe la 14e place européenne. Souvent critiqué pour sa rigidité, le cadre réglementaire français, est ici présenté comme un facteur favorable au développement du numérique. Ainsi, la France est 12e pour la protection des droits de propriété industrielle, 17e pour le respect des contrats et 19e pour la facilité à fonder une entreprise. Enfin, Paris est la deuxième ville d’Europe pour le nombre de développeurs informatiques professionnels [5] mais aussi la deuxième destination européenne des travailleurs internationaux dans la tech en 2017, après Londres [6] .

Points de vigilance

L’ensemble de ces classements présentent les points faibles de notre économie. Sur le volet de l’emploi tout d’abord. Avec 14,2 % des emplois dans des activités à forte intensité de connaissance (contre 14,8 % en Allemagne et 18,4 % au Royaume-Uni), la Commission européenne estime que le caractère innovant des entreprises françaises ne se traduit pas suffisamment en emplois. Les nombreuses contraintes règlementaires sont aussi pointées du doigt. « Embaucher et licencier y reste un défi qui doit être résolu afin que l’enthousiasme actuel autour des start-up soit plus qu’un effet de mode », met en garde Ian Rogers, Chief digital officer au sein du groupe LVMH.

Parmi les autres points à améliorer, on note que les Français sont moins bien classés pour ce qui est de l’identification des opportunités de création d’entreprise qui s’offrent à eux, pointe l’indice mondial de l’entrepreneuriat 2018 publié par le GEDI. Il reste aussi un effort important à faire en ce qui concerne l’accès à internet. Le niveau de connectivité de la France est inférieur à la moyenne, notamment en raison d’un faible taux de couverture 4G et de haut débit rapide et ultra-rapide (16 % des ménages français sont abonnés au débit ultra-rapide).

 

Constance de Cambiaire

[1] Source : Banque Mondiale

[2] Source : Eurostat

[3] Source : EY

[4] Global Entrepreneurship Monitor 2017/2018

[5] Source : Stack Overflow pour Atomico

[6] Source : Linkedin