La zone d’Europe centrale et orientale doit, en effet, encore beaucoup investir pour décarboner des systèmes énergétiques hérités de l’époque soviétique :  un changement de modèle qui s’accélère notamment grâce à une prise de conscience des gouvernements. Véritable cap dans les objectifs européens en matière d’énergies renouvelables, l’année 2020 est l’occasion de faire le bilan dans trois des principaux pays de cette zone d’intérêt pour les exportateurs français : la Roumanie, la République Tchèque et la Pologne. Trois pays dont les mix énergétiques dépendent encore fortement de l’exploitation du charbon, mais qui se sont donner des ambitions fortes à l’aune des nouveaux objectifs communautaires.

 

Roumanie : un leadership vert dans la région ?

Energie solaire, éolienne, énergie hydroélectrique, dont de nombreuses microcentrales hydrauliques, biomasse et biogaz, énergie géothermale : la Roumanie dispose d’un potentiel important en énergies renouvelables, dû à des conditions naturelles particulièrement favorables qui ont permis un déploiement précoce des technologies.

C’est donc sans surprise que la Roumanie a atteint et dépassé l’objectif européen de 2020 concernant les énergies renouvelables, avec une part de 24 % dans la consommation finale. Mais un tel résultat s’explique d’abord par la volonté politique et la mise en place de dispositifs d’incitations financières à partir des années 2010 en faveur des investissements étrangers ; qui ont toutefois été largement mis à mal par des altérations importantes en 2013. Avec une part malgré tout de 63% d’énergies fossiles dans son mix énergétique, largement portées par l’exploitation du charbon, c’est surtout la production d’énergie électrique qui fait la part belle aux renouvelables, avec 42% d’énergies renouvelables dans le mix électrique déjà en 2016. En première place, la production d’électricité d’origine hydraulique dépend grandement de la société publique Hidroelectrica qui détient et exploite 207 centrales hydroélectriques, d’une capacité totale installée de 6432 MW. L’énergie éolienne est la deuxième forme d’énergie verte en Roumanie. En 2017, la capacité totale installée des parcs éoliens roumains était d’environ 3025 MW. Beaucoup d’investissements se sont également concentrés dans la construction de parcs solaires, pour une capacité installée aujourd’hui estimée à 1376 MW.

Des investissements dans de nouvelles capacités de production seront toutefois encore nécessaires afin d’atteindre les objectifs 2030. Le gouvernement a approuvé en 2017 la mise en place d’un nouveau mécanisme de soutien des petits producteurs d’énergies renouvelables, ciblant particulièrement la biomasse et le biogaz. La Roumanie étudie actuellement des projets ambitieux à l’horizon 2030 qui devraient mobiliser à terme entre 17 et 22 Mds EUR.

 

Pologne : un léger retard mais une forte croissance

Pour atteindre les objectifs fixés par l’Union européenne en matière d’énergies renouvelables, la Pologne accélère elle aussi le développement de ce secteur. Le pays devrait finalement dépasser son objectif de 15% de renouvelables dans la consommation finale brute d'énergie en 2020, avec une part de 16,9% en 2018 selon GlobalData, contre seulement 11% en 2017. Selon l’étude, cette part devrait atteindre 39,1% du mix énergétique à l’horizon 2030 grâce à la nouvelle loi sur les sources d’énergie renouvelable.  

La Pologne est souvent pointée du doigt comme un mauvais élève de la transition énergétique à cause notamment de son attachement au charbon, qui représentait en 2018 77,8 % de la production d'énergie primaire et 78,3 % de la production d'électricité. Toutefois, les choses tendent à changer, principalement pour des raisons économiques. D’abord parce que le secteur se heurte à un problème de compétitivité. Les mines existantes s’épuisent et les coûts de production augmentent, ce qui fait du charbon russe, 30 % moins cher, un concurrent sérieux.

Ainsi, même si la plupart de l’énergie en Pologne est produite à partir charbon, la part de l’énergie verte augmente constamment tant au niveau de la puissance installée (8,6 GW en 2018 contre 4,4 GW en 2012) que de l’énergie finale consommée. Si la Pologne a donc connu un certain retard par rapport par exemple à la Roumanie, les énergies renouvelables connaissent aujourd’hui une forte croissance dans le pays. En 2017, la capacité totale disponible des installations de production EnR était supérieure de 56,5 % à celle de 2013. Une augmentation significative par rapport à 2013 a été notée pour les centrales à biocarburants solides (+12,0 %), l’éolien (+68 %) et le biogaz (+83,1 %.)

La structure des énergies renouvelables est largement dominée par les parcs éoliens onshore, suivis des installations biomasse et des centrales hydroélectriques, et enfin le photovoltaïque. Le déploiement de centrales photovoltaïques a affiché une forte hausse en 2019 en Pologne, toujours selon GlobalData qui prévoit un volume installé de 3,15 GW d’ici 2022.

 

République Tchèque : vers la remise en cause du charbon

Malgré une période de baisse depuis 2016, les énergies renouvelables comptent pour 13% du mix énergétique de la République Tchèque en 2020, qui atteint ainsi son objectif européen et ambitionne de porter ce chiffre à 20,8% d’ici 2030. Mais le gouvernement tchèque devra fortement encourager la diversification énergétique du pays afin de satisfaire ces objectifs.

Comme la Pologne, le charbon est resté pendant très longtemps la première source d’énergie dans le pays. Malgré une baisse constante de la production, la République Tchèque reste un producteur non négligeable de charbon sur la scène européenne. Les centrales à charbon sont l'épine dorsale du système électrique tchèque, produisant environ 60 % de l'électricité du pays. Le pays est le 3ème exportateur net d'électricité de l'Union Européenne, après la France et l'Allemagne, grâce à son réseau de transport idéalement interconnecté avec ceux des pays limitrophes.

Si l'hydroélectricité et l’énergie éolienne restent peu développé dans le pays, l'énergie photovoltaïque a connu un développement très rapide : inexistant en 2005, le parc atteint 2 078 MW fin 2018, bien que ce développement se soit arrêté à partir de 2014. Au total, les énergies renouvelables contribuent pour 7,7 TWh à la production électrique en 2018, soit 8,7% seulement du mix électrique.

Mais la politique énergétique évolue et devrait faire davantage place au nucléaire et aux sources d’énergie renouvelables dans les prochaines années – seule combinaison qui permettrait de remplir les objectifs de l’Union européenne. La fin du charbon s’impose peu à peu dans les esprits. Au cours de l’été 2019, le Gouvernement a même créé une commission d’experts sur le charbon en s’inspirant du modèle allemand. Si le nucléaire est la voie privilégiée par les autorités du pays, certains experts indépendants estiment qu’une combinaison entre énergies renouvelables, technologies de pointe, et meilleure isolation des bâtiments serait en mesure de couvrir jusqu’à 76 % de la demande en électricité d’ici 2050. Les collectivités ont redécouvert les avantages liés à l’exploitation de leur propre énergie. Plus de 40% des Tchèques sont aujourd’hui persuadés qu’il est possible de remplacer les sources d’énergie traditionnelles par des énergies alternatives. Un soutien, populaire et financier, à ces nouvelles sources qui devrait aller croissant à l’avenir.

 

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Les experts Energie de Business France de ces pays présenteront les enjeux stratégiques de leurs marchés respectifs et proposeront des conseils aux acteurs français qui souhaitent prospecter ces marchés.